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LES POLICE, ACCUSÉS
 



Le 2 février 1783, François Police, dit la Flamme, paraît devant le sénéchal de la susdite baronnie

Il était une fois, en l’an de grâce 1783, en la baronnie de Chateaubriand...
Ici, point question de fées, de lutins ou de gentils enchanteurs, mais bien de sortilèges lancés par des « malvoutants », de « guérisseurs d’accidents arrivés aux animaux », d’engeances diaboliques, de démons et autres entités maléfiques... tout du moins, en apparence...
Le 2 février 1783, François Police, dit la Flamme, paraît devant le sénéchal de la susdite baronnie. L’air angélique de l’accusé tranche avec les faits qui lui sont reprochés, à lui et sa femme, Anne Batais. Il est d’une bonne taille avec « les cheveux blonds cotonnés, les yeux bleus, le visage pâle. Il est vêtu d’une étoffe bleue, d’un gilet d’étoffe blanche en dessous , d’une culotte d’étoffe brune, des bas de laine blanche et des souliers aux pieds, tenant un chapeau à la main (...) »
« Veuillez décliner vos nom, surnom, âge, qualité et demeure.
- Je me nomme François Police, j’ai 26 ans, je suis tisserand de mon métier et je demeurais avant mon emprisonnement près la place Saint-Nicolas de cette ville.
- Depuis quand demeurez-vous dans cette ville ?
- Depuis quatre ans... Je suis originaire d’Erbrée près de Vitré.
- Quand vous avez quitté Erbrée, aviez-vous d’autre état que celui de tisserand ?
- J’ai quitté Erbrée fort jeune et j’ai suivi pendant longtemps le sort de mon père qui était dans la gabelle. Quand je suis parvenu à l’âge de prendre un état, mon père me fit apprendre le métier de tisserand au moyen duquel j’ai vécu jusqu’au moment où je me suis marié dans la ville de Fougères avec Anne Batais, originaire de ladite ville. J’ai quitté Fougères en août 1777 pour venir m’établir à Pouancé où j’ai eu une place de commis dans la gabelle. De cet endroit, je fus à un autre département qu’on appelle la Fontaine au Breton près l’abbaye de la Noë que j’ai quitté en 1779 pour venir m’établir à Chateaubriand en qualité de commis de la gabelle.
- Aujourd’hui, vous n’avez point d’autre métier que celui de tisserand ?
- Je n’ai point d’autre métier.
- Vous ne vous êtes point donné parmi les gens de campagne pour se connaître aux sorts et autres prétendus accidents qu’on jette et qui arrivent aux animaux ? »
François Police nie avec énergie et déclare qu’il n’a point donné de remèdes aux gens de campagne et qu’il n’a en aucune manière abusé de leur crédulité. Le jeune Police continue à démentir toutes les assertions du sénéchal. Sa femme lui succède dans l’auditoire. Elle a 34 ans et est enceinte de plusieurs mois. Le sénéchal ne peut en savoir davantage sur l’affaire qui les concerne.
Malgré toutes leurs dénégations, le procureur croit en savoir assez pour les poursuivre et les constituer prisonniers. Il en porte sa plainte devant le sénéchal. « François Police, dit la Flamme, et sa femme ont trouvé le secret de se faire passer pour sorciers, faisant croire à des gens simples qu’ils avaient commerce avec le diable et qu’ils guérissaient les sorts. Ils ont persuadé longtemps une fille que, par l’effet de leur magie, ils parviendraient à forcer un galant, qui avait abusé d’elle, de l’épouser. A d’autres, ils leur ont promis la guérison de leurs enfants et d’eux-mêmes, leur faisant croire que les maladies dont ils étaient affligées provenaient des sorts jetés sur eux par des malvoutants (...) » Le procureur termine son exposé en affirmant que tout cela « démontre que Police et femme sont des filous qui ont affecté d’être sorciers pour arracher à de pauvres paysans le fruit de leurs travaux. Sous ce point de vue, leur délit est un vol qui mérite punition. »
Le sénéchal est impatient de connaître les artifices utilisés par les accusés pour berner ces pauvres gens. Il sait que la superstition est très présente dans les campagnes et que les soi-disant sorciers, guérisseurs et faiseurs de sorts jouissent d’une grande audience. Dans le cas présent, quatre familles ont à se plaindre des mauvais agissements du couple Police.

Le premier plaignant à pénétrer dans l’auditoire se nomme Jean Berranger de la paroisse d’Erbray. C’est lui qui a subi le plus grand préjudice. Il a 49 ans et est laboureur de son état. Le petit homme, maigre et auxgestes peu assurés, s’avance timidement vers le magistrat, triturant les bords de son chapeau entre les mains. A l’invitation du greffier, il s’assied sur le bord d’une petite chaise branlante située au centre de la pièce.
« Racontez tout ce que vous savez et n’omettez aucun détail, lui recommande doucement le magistrat.


- Tout a commencé quinze jours avant Pâques dernier. J’ai fait rencontre de Françoise Peigné en m’en revenant de la messe de la Trinité. Elle m’a demandé des nouvelles de mon fils, Jean, qui avait alors l’esprit aliéné. La Peigné m’a dit qu’elle connaissait une personne capable de le guérir et elle m’a nommé la femme Police qui nous suivait par derrière.
- Qui est cette Françoise Peigné ? Ne serait-elle point complice des époux Police ?
- Dame non ! C’est une voisine qu’est pas méchante du tout... D’ailleurs elle s’est bien faite avoir elle aussi...
- Revenons à votre sujet, le coupe le sénéchal.
- J’ai attendu la femme Police, je lui ai parlé de la situation de mon fils et je lui ai demandé si elle pouvait lui procurer quelques soulagements. Elle m’a répondu tout de suite que c’était possible et qu’il fallait que je lui amène Jean le mercredi suivant. Moi, je voulais retrouver mon fils alors c’est ce que j’ai fait... Elle l’a observé et a regardé dans sa main droite. Elle m’a assuré qu’il y avait de l’espoir et que ce n’était qu’un sort. Elle m’a affirmé que si je voulais bien faire ce qu’elle allait me prescrire, Jean serait bientôt rétabli ! Elle m’a demandé si j’avais de l’argent et qu’il lui en fallait. Moi, je n’avais que 6 écus avec moi. "Il en faut bien davantage ! qu’elle s’est écriée. Je ne peux rien entreprendre si je n’ai pas au moins 10 écus !" Je lui ai répété que je n’étais pas bien riche... "C’est à vous de voir, qu’elle m’a lancé, mais si vous n’avez pas d’argent, vous pouvez en emprunter !"
Moi, je voulais que mon fils guérisse, monsieur le sénéchal... Alors j’ai emprunté... à Pierre Rebours, de la Roussière, que je connais bien.
Le vendredi suivant, je suis allé la chercher avec l’argent. Chemin faisant, elle m’a dit que les secrets qu’elle pouvait savoir étaient dans un livre que son mari avait trouvé. Ils l’avaient fait voir à leur curé qui les avait assurés qu’ils pouvaient s’en servir sous la seule condition qu’ils ne prennent pas d’argent. "Tiens, que je lui dis, et pourtant vous m’en avez demandé" "Cet argent n’est point pour moi mais pour le diable afin qu’il lève le mauvais sort qui touche votre fils !"
Une fois arrivés, elle m’a prié de monté avec elle au grenier. Elle a précisé qu’elle ne devait avoir affaire qu’avec le chef de famille. Là, elle m’a demandé de prendre des ciseaux et d’aller à l’étable. "Coupez un petit bouchon de poil à chacune de vos bêtes et après vous jetterez les poils au vent !"
Ah, j’oubliais... avant de descendre, j’ai dû lui donner les 10 écus. Elle m’a dit de les envelopper dans un papier. Ensuite, elle s’est mise à genoux au pied d’un tas de grains et après avoir lu dans un petit livre, elle les a cachés dedans. Elle m’a dit que je retrouverais l’argent au même endroit quand mon fils serait guéri. Mais qu’il ne fallait pas surtout pas regarder avant qu’il ne soit guéri, sinon il retomberait sous le sort ! Après, elle a voulu rester seule.. Et moi je suis parti voir mes bêtes pour faire ce qu’elle m’avait dit.
Quand je suis revenu, elle était descendue du grenier et elle se chauffait auprès du feu. Elle m’a assuré que Jean éprouverait du soulagement. Elle s’en est allée après avoir bien bu et bien mangé parce que, disait-elle, elle voulait toujours opérer à jeun.
Moi, j’ai observé mon fils et j’ai cru voir qu’il allait mieux... Mais, je dois vous avouer, monsieur le sénéchal qu’il n’a été radicalement guéri qu’à l’aide des secours administrés par le sieur Jamin, chirurgien...
- N’auriez-vous pas mieux fait d’appeler celui-ci tout de suite pour guérir votre fils ?
- Je sais... J’ai été bien naïf sur ce coup-là... mais on disait qu’elle avait des pouvoirs... Je sais bien maintenant qu’elle a volé mon argent quand je l’ai laissée seule dans le grenier
- La femme Police est-elle revenue vous voir ?
- Dame oui ! Pensez bien, elle avait trouvé un filon, dit-il en se frappant le front. Elle allait pas me lâcher comme ça !
- Racontez-moi ce qui s’est passé par la suite.
- Quelque temps après Pâques, elle a rencontré ma fille et lui a dit que les sorciers lui avaient jeté un sort le jour de Vendredi Saint, ainsi qu’à moi et qu’on allait être attaqué de la même maladie que Jean ! Pour s’en préserver, il fallait 13 écus pour poser dans le grain comme elle avait déjà fait.
Comme je craignais les secrets de cette femme, j’ai été trouvé Isaac Gasnier que je connais bien et il m’a prêté 11 écus, tout ce qu’il avait.... Mais ça n’arrivait pas au 13 que cette voleuse demandait ! Je suis allé la trouver mais elle m’a dit qu’elle ne pourrait rien faire tant que la somme ne serait pas complète... Et elle s’est proposée, elle-même, d’en emprunter pour moi... Et c’est ce qu’elle a fait, monsieur le sénéchal ! Comme nous allions chez moi, elle m’a dit de ne pas mettre l’argent dans la poche droite, sinon les sorciers auraient découvert le secret. A la maison, elle a recommencé le coup de l’argent dans le tas de grains...
Un peu après encore, la femme Police est revenue et m’a dit d’un air grave qu’ils n’étaient pas encore préservés du sort, que la mortalité m’enlèverait mes bestiaux et que j’avais tout à craindre pour mes grains ! J’étais affolé mais elle m’a dit comment me protéger moyennant 15 écus. "Mais, je n’ai point d’argent" que je lui ai répondu. "Vous avez des bestiaux, vous n’avez qu’à en vendre ! » Cette femme et ses pouvoirs m’effrayaient de plus en plus... alors j’ai vendu une vache et un cochon...
Une autre fois, la Police ayant su que j’avais vendu deux bœufs, m’a dit qu’il fallait encore 20 écus... Dans le temps de la fauche des foins, elle m’a soutiré encore d’autres sommes... Ah ça, monsieur le sénéchal, on peut dire que j’ai été bien couillon dans cette affaire-là !
- Combien d’argent la femme Police vous a-t-elle soutiré au total ?
- Elle m’a volé, sous prétexte de vouloir lever un sort qu’elle prétendait être chez moi, 92 écus... dont elle ne m’a jamais rendu un denier ! »

Julienne Houry veuve Bodin, s’approche à son tour du magistrat

Julienne Houry veuve Bodin, s’approche à son tour du magistrat. C’est une femme de grande taille aux larges épaules. En la voyant, le sénéchal a quelque difficulté à l’imaginer tremblante et impressionnée par les artifices du couple Police.
« C’est que ma fille Julienne, commence-t-elle doucement, était bien malade depuis longtemps..
- Pourquoi ne pas avoir fait appel à un chirurgien comme cela se pratique ?
- Une voisine, la Peigné...
- Encore cette femme ! ne put s’empêcher de s’écrier le magistrat.
- Vous connaissez Françoise Peigné, monsieur ?
- Seulement de nom... mais veuillez continuer.
- La Peigné m’a dit : "Je m’adresserais dans votre place au nommé Police et à sa femme. Ce sont des gens habiles. Ils pourraient guérir votre fille !" Je n’ai pas hésité longtemps et elle n’a pas tardé à venir voir ma fille. Elle m’a dit : "Elle est bien malade. C’est un sort qu’on lui a jeté pendant que vous étiez à la grand-messe et l’intention du malvoutant était de le jeter sur vous !" Je lui ai répondu, étonnée : "Je ne vois personne qui puisse nous en vouloir, n’ayant fait de tort à qui que ce soit" "A la bonne heure que vous n’en vouliez à personne... mais il y en a qui vous en veulent, à vous et votre maisonnée et c’est certainement un sort qu’on a jeté sur votre fille... On ne peut le lever que par des herbes que nous ne pouvons ramasser que les dimanche, vendredi et samedi. Pour commencer les traitements, il faut que vous me donniez 6 livres." J’avais la somme alors je lui ai donné. C’était son mari qui devait la traiter. Et le dimanche suivant, à l’heure de la grand-messe - j’étais allée à la première messe du matin - l’homme Police arriva et on s’est tous installé auprès du feu. Il a tiré de sa poche un petit livre et s’est mis à marmotter des choses que je ne comprenais pas. Je lui ai demandé s’il n’allait point à la messe le jour du dimanche. A quoi il m’a répondu qu’il ne pouvait pas entrer dans une église tant qu’il était en opération de lever des sorts. Il a continué à lire... ou plutôt, faire semblant de lire, toujours en murmurant des mots incompréhensibles... Puis il s’est écrié : "J’ai trouvé le sort ! Non seulement celui jeté sur votre fille mais encore sur tous vos bestiaux !" Seulement, il ne pouvait les lever que moyennant 17 écus... que je n’avais pas ! Il m’a alors conseillé d’en emprunter d’avec un parent : "Il ne vous refusera pas si vous lui dites que c’est pour une nécessité urgente." J’ai tout de suite compris qu’il parlai de mon parent, le gars Bréjault, qui me prêta effectivement la somme.


Quinze jours plus tard, la femme Police est venue chez moi, la mine grave et embarrassée : "Mon mari, a-t-elle dit, est dans le plus grand des ennuis... Le démon est venu le posséder au lieu et place de votre fille !" Epouvantée, je lui ai demandé ce qu’il fallait faire. Elle m’a alors dit des choses incroyables. Il fallait que j’envoie au Police tout le lait de ce jour de mes vaches après y avoir répandu trois gouttes de mon sang et de celui de ma fille. Je devais aussi couper une pincée de poils de tous mes animaux avant soleil levé, le tout lié en un petit paquet... Et puis bien sûr... 100 livres d’argent sonnant et trébuchant ! C’est là, monsieur, que j’a commencé à sentir la supercherie... ma fille n’allait pas mieux... Tout ce qu’il voulait c’était mon argent ! Eh bien, il n’aurait rien ! Ni argent, ni lait ! Rien !
Alors, un soir, Police est venu entre les 8 et 9 heures frapper à ma porte : "N’ouvrez pas, vous auriez peur !" Je peux vous assurer, monsieur, qu’à ce moment-là, je n’avais plus aucune peur de ce drôle-là... Il finit quand même par entrer. Il était affublé d’un masque sur le visage et le reste du corps était vêtu à son ordinaire. Il avait un pistolet à la main et a tiré un coup de feu dans la maison ! "Vous ne voulez pas me donner d’argent, qu’il criait. Vous voulez donc être la cause de la mort de votre fille ? Si vous m’aviez envoyé cet argent, vous auriez été préservés, vous, vos enfants et vos animaux du sort dont vous êtes attaqués !" Me voyant peu impressionnée, malgré le coup de feu et tout ce qu’il me disait, il s’est tu un moment et il a ajouté en criant : "Puisque vous ne voulez pas m’en donner, je reviendrai demain au soir et si vous ne m’ouvrez pas la porte, je descendrais par la cheminée... Je vous masquerais comme vous me voyez et je vous mènerais toute la nuit avec moi et vous éprouverez le même sort que moi, tiraillé par tous les diables !"
Dès le lendemain matin, je suis allée chez monsieur le curé pour lui conter tout cela. Il m’a bien rassurée et m’a dit de faire en sorte d’arrêter Police s’il revenait chez moi et qu’il serait plus embarrassé que ceux de la crédulité desquels il cherchait à abuser. Depuis ce temps, je n’ai pas revu cet animal ni chez moi, ni près de chez moi ! »

Les époux Caba furent aussi les dupes des Police. Joseph, 32ans, n’en pouvait plus de voir sa femme « tourmentée de douleurs d’entrailles ».
« C’est la maladie de votre femme qui vous a incité à faire appel aux Police ?
- C’est cela, monsieur le sénéchal. La pauvrette souffrait le martyr et je ne savais pas quoi faire pour la soulager.
- Pourquoi ne pas avoir fait appelà un chirurgien ?
- On dit qu’ils n’arrivent à rien...
- Qui vous a conseillé d’aller voir les Police ? Ne serait-ce pas une dénommée Peigné ?
-Je connais bien la Françoise Peigné, mais ce n’est pas elle qui nous à indiqué les Police, c’est une de mes voisines.
- Laissez-moi deviner... Vous êtes allé voir la femme Police et elle vous a promis de guérir votre femme. C’est bien cela ?
- Tout à fait, monsieur le sénéchal, ça s’est passé comme vous dites.
- Que vous a-t-elle demandé de faire ?
- A moi, rien ! Je n’étais pas présent. J’étais à battre du blé avec quelques journaliers. Mais tout ce que je sais, je le tiens de la bouche de me femme qui m’a tout raconté avec force détails.
- Je vous écoute.
- Pour commencer, il lui fallait 9 pièces de 6 francs et... et...
- Eh bien, pourquoi ce silence et ces hésitations embarrassées ?
- C’est-à-dire...c’est que les mots sont crus... devant vous, je n’ose pas...
- N’ayez aucune crainte, osez...
- Voilà... Elle a dit à ma femme de... pisser dans un poêlon... ce qu’elle a fait. Ensuite, la femme Police a mis les 9 pièces dans l’urine et a fait bouillir le tout. Aprèscela, elle a retiré les pièces et les a marquées d’une croix avec la pointe de son couteau. Puis elle les a enveloppées dans un linge et a dit à ma femme de les appliquer sur son estomac et les a gardées pendant deux heures... Ah, j’oubliais, monsieur le sénéchal, avant tout cela, la Police a rangé les 9 pièces sur la table et elle a mis un liard avec chacune. Elle a pris 3 liards et les a donnés à un enfant qui était dans la maison et lui a recommandé d’aller les jeter bien loin dans une mare parce que si quelqu’un les trouvait, il serait attaqué de la même maladie que ma femme.
Une fois que ma femme avait ôté les 9 pièces de son estomac, la Police a ordonné de les envelopper dans un autre linge et de les mettre dans un endroit sûr et qu’on ne pourrait regarder dans cet endroit qu’au bout de neuf jours. Ma femme a voulu les cacher dans un marchepied qui se trouve près de son lit qu’elle a pensé fermer à clef. "Ne faites pas cela, a crié la Police, ou le marchepied serait brisé sur-le-champ !" Vous pensez bien que ma femme n’en fit rien ! La police s’est ensuite mise à genoux et a commencé à lire un livre. Puis elle a demandé aux enfants de sortir afin qu’ils ne voient pas ce qu’elle faisait. Ma femme lui a demandé si elle voulait boire un coup et comme elle allait le chercher, il y a toute apparence que la Police a ouvert le marchepied et a pris l’argent parce que, au bout de neuf jours, l’argent ne s’y trouvait plus !


Reste au sénéchal à écouter la déposition du dernier témoin

Reste au sénéchal à écouter la déposition du dernier témoin. Et non des moindres puisqu’il s’agit de Françoise Peigné, domestique âgée de 26 ans. A travers les témoignages précédents, le magistrat avait déjà l’impression de la connaître un peu. Sans doute la plus crédule et la plus naïve de toutes, se dit-il. Le procureur lui avait aussi parlé d’elle en lui faisant remarquer sa singulière particularité. Les autres victimes avaient fait appel aux Police pour être guéri ou pour guérir un membre de leur famille. Pour Françoise Peigné, il en est différemment. Il y a trois ans, elle était servante chez Nicolas Gaudin qui a abusé d’elle et dont elle a accouché d’un enfant. Avertis de cette fâcheuse aventure, les Police pensait trouver en elle une proie facile. Ayant rencontré la mère de cette pauvre fille, la Police lui a dit qu’elle connaissait un moyen de réparer l’honneur de Françoise et de lui faire épouser Nicolas Gaudin.
« Tout d’abord ,dit-elle, il fallait commencer par faire dire une messe à l’intention des âmes du Purgatoire et ensuite je devais mettre 3 liards sous une pièce de 2 liards dans un trou de muraille en forme de croix et dire pendant neuf jours cinq Pater et cinq Avé. Ensuite je devais reprendre l’argent et le donner au premier pauvre qui viendrait à la porte.
- Vous avez fait tout cela ? demanda naïvement le sénéchal ?
- Elle m’a ordonné de faire tout ce qu’elle disait si je voulais épouser Nicolas Gaudin.
- Et alors, y a-t-il eu quelques effets ?
- Pas un, monsieur. J’étais toujours domestique chez Nicolas Gaudin mais il ne voulait toujours pas m’épouser. Quelque temps après, monsieur le curé d’Erbary me conseilla de sortir de chez Gaudin ? Je l’ai écouté et je suis partie demeurer chez ma mère, dans la paroisse de Soudan. J’ai rencontré la femme Police qui m’a dit que j’avais eu grand tort de sortir de chez les Gaudin parce que, en y restant, j’aurai fini par épouser mon galant. A ces paroles, monsieur le sénéchal, j’ai beaucoup regretté d’avoir écouter monsieur le curé ! La femme Police a ajouté que je n’avais qu’à lui confier tout l’argent que j’avais eu de chez les Gaudin et qu’elle me ferait épouser mon galant.
- Dites-moi que vous ne l’avez pas écoutée ?
- Que pouvais-je faire d’autre... J’avais confiance en elle. De plus, elle m’a emmenée chez elle et m’a tirée les cartes pour savoir si Nicolas Gaudin m’aimait. J’en ai tiré plusieurs et elle m’a assurée qu’il m’aimait et que je pouvais retourner chez les Gaudin et que sûrement il l’épouserait parce qu’il était attaché à l’enfant. J’étais flattée de cet espoir, alors je suis retourné travaillare chez les Gaudin et j’ai donné à la Police les 37 écus que j’avais. Elle m’en a rendu 19 et en a gardé 18 pour elle, tout en me disant qu’elle me les rendrait et qu’elle allait les ramasser dans une soie d’or bénite. Elle m’a pris aussi une aune et demie de toile de brin, un mouchoir et deux toisons de laine pour servir, disait-elle, à son mari à faire sa magie.
Quelque temps après, la Police m’engagea à vendre du grain qui se trouvait chez les Gaudin pour lui donner de l’argent afin de récupérer la première somme que je lui avais donné, parce que, disait-elle, c’était le diable qui le tenait ! Mais je ne suis pas une voleuse, monsieur le sénéchal, je suis une honnête fille et je n’ai pas accepter de voler mes maîtres ! Alors, elle me dit : "Vous n’avez qu’à emprunter de l’argent !" Je suis allée voir Jeanne Geslin et je lui ai expliqué pourquoi il me fallait cet argent. La pauvre était aussi crédule que moi et elle apporta elle-même l’argent à la Police.

Tout ça restait sans effet, monsieur le sénéchal. Il n’était toujours pas question d’épousailles.
- Lui avez-vous demandé de vous restituer votre argent ?
- Je l’ai fait, monsieur le sénéchal, mais elle m’a répondu que le vendredi suivant, son mari irait de nuit chez Gaudin et qu’il le forcerait de consentir à m’épouser. Mais je n’y croyais plus et j’ai essayé plusieurs fois de récupérer mon argent. Une fois, voyant que le mariage ne se faisait point, je suis allé chez eux et le Police faisait semblant de lire dans un livre où étaient, disait-il, renfermés tous ses secrets et après avoir lu, il m’a assuré qu’il n’était plus le maître de son argent et qu’il était au pouvoir du diable et que le moyen de l’en ôter était de donner d’autre argent.
- Combien vous ont-ils soutiré d’argent à l’aide de leurs soi-disant sortilèges ?
- Depuis trois ans, ils m’ont arraché jusqu'à 44 écus, sans compter un mouchoir, une aune et demie de toile et deux toisons de laine. »

Le sénéchal avait bien saisi la personnalité des époux Police et il ne l’aimait guère. C’était deux misérables qu’il fallait punir. Profiter ainsi de la crédulité des pauvres gens est bien coupable. Traquer des êtres affaiblis par le malheur, tel qu’il soit - la maladie d’un enfant, d’un mari, d’une femme, une naissance illégitime et le regard accusateur des autres - est bien méprisable. Lui soutirer de l’argent et le flatter de faux espoirs est bien odieux.
Nul doute que les époux Police seront punis pour ce qu’ils ont fait... s’ils l’ont véritablement fait... L’un comme l’autre ont nié les faits qui leur étaient reprochés et la perquisition effectuée à leur domicile n’a révélé aucun argent, ni aucun livre... Vérité, mensonge... On pense être sûr de l’un et pourtant la vérité est dans l’autre camp... Nous ne connaîtrons jamais non plus la décision de la justice puisque la sentence manque à cette affaire.
Tout ce que nous savons, c’est qu’il existe des gens crédules et des gens qui en profitent. Il suffit d’allumer sa télévision pour qu’on vende aux plus naïfs des pierres au pouvoir soi-disant miraculeux et à l’heure où j’écris ces quelques lignes, je viens d’apprendre dans un flash radio que deux hommes ont été arrêtés pour escroquerie pour avoir vendu à un restaurateur parisien une machine à multiplier les billes de banque ( fait véridique).
N’en doutons pas, la « filouterie » à de merveilleux jours devant elle !

Notes de bas de page :
Affaire retrouvée aux Archives Départementales de Loire-Atlantique, cote : B 10929
Série B : concerne les cours et juridictions d’Ancien Régime : parlements, bailliage, sénéchaussée et autres juridictions secondaires, cour des Comptes, cour des Aides, cour des Monnaies.
Série plutôt méconnue, en général peu exploitée en comparaison des richesses qu’elle contient. Peut-être d’un sérieux apport dans une recherche généalogique. Toutefois, il est difficile d’y retrouver des informations précises sans références.

Type de documents, dans le cas des juridictions royales et secondaires :

Edits et déclarations du roi.
Insinuations judiciaires (contrats de mariage, testaments, donations, etc.)
Appositions de scellés, inventaires après décès, enquêtes sommaires relatives à des causes civiles.
Serments, affirmations et rapports d’experts.
Adjudications et baux judiciaires ; licitations, adjudications et criées judiciaires.
Nominations de curateurs et tuteurs.
Réparation des cures et chapelles.
Causes civiles.
Police des corporations et des affaires commerciales.
Police (déclaration de grossesse).
Affirmations de voyage.
Ordonnances, règlements et procès-verbaux de police.
Voirie.
Prix des grains vendus au marché.
Grand et petit criminel.
Et encore beaucoup d’autres choses...