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| Les Chroniques |
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LES DÉLITS ET LES PEINES AUX TEMPS ANCIENS ET MODERNES
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Messieurs R. et P., brillants avocats, ont fait paraître
en 1813, les annales du crime et de l'innocence et choix des causes
célèbre. Pas moins de vingt volumes pour nous conter les plus grands
procès anciens et modernes, réduits aux faits historiques. Ces deux
magistrats, effrayés par la barbarie judiciaire moderne, commencent
par dresser au lecteur un tableau insoutenable des peines encourues
par ceux qui enfreignaient les lois de l'époque.
"
Les législateurs ne craignirent point d'user d'un raffinement barbare
en faisant couler sur l'échafaud le sang des criminels. On imagina les
tortures auxquelles succombait souvent l'innocent dont la constitution
était faible tandis que le coupable robuste sortait victorieux de cette
lutte terrible. Ainsi l'on punissait l'accusé avant d'être certain de
son crime. On ignore quelle fut l'origine de ce supplice plus cruel que
la mort. On sait seulement qu'il était en usage chez les Athéniens mais
ils ne l'employaient que dans les crimes d'état. |
" La question préparatoire fut ignorée pendant une longue suite
de siècles dans l'Europe occidentale. On y suppléait par les
Epreuves. Les E preuves étaient de quatre espèces différentes
: le duel, l'eau froide, l'eau chaude et le feu ardent. On les nommait
le Jugement de Dieu. Elles passèrent d'Egypte en Grèce et
ne furent point admises chez les Romains, mais les Tartares remplirent
l'Europe de cette jurisprudence qu'ils tenaient des Perses. Gondebaud,
roi de Bourgogne, fut, de tous les rois, celui qui autorisa le plus
l'usage du combat judiciaire. On a remarqué à ce sujet qu'un homme
accusé d'homicide était en droit d'en commettre 2. En effet, la
force ou l'adresse faisait d'un coupable, un innocent, mais alors
l'innocent était puni comme coupable. On se battit par procureur
c'est-à-dire qu'on avait le droit de nommer un champion pour défendre
sa cause : tout dépendait du choix. Les femmes et les prêtres étaient
forcés de combattre par procureur. Les nobles combattaient à cheval
et les roturiers à pied. Au jour assigné, les deux champions
se présentaient sur l'arène, à cheval, visière baissée, écu au col,
glaive au poing, épées et dagues ceintes. Ils devaient porter
dans leurs bannières un crucifix ou l'image de la Vierge. Ils juraient
sur le crucifix et prenaient Monseigneur Saint Georges à
témoin de leur bon droit ce qui ne pouvait avoir lieu sans que l'un
des deux champions se parjurât (...) Cette épreuve cessa en France
vers la fin du XVIe siècle.
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"
L'épreuve par l'eau froide fit, dit-on, imaginée par le pape Eugène
II. L'accusé était tenu de jeûner pendant trois jours, conduit le
quatrième à l'église, il assistait à une messe de jugement,
communiait, buvait de l'eau bénite, était dépouillé nu, baisait
l'Evangile et était jeté ensuite, pieds et poings liés dans une
cuve d'eau également bénite. Si l'eau le supportait, il était coupable
; s'il allait au fond, il était innocent. Cet usage a duré jusqu'au
début du XVIIIe siècle.
" L'épreuve par l'eau chaude consistait à retirer
une pierre du fond d'une chaudière pleine d'eau bouillante. Elle
était précédée des mêmes cérémonies. " L'épreuve du feu ardent était
la plus terrible de toutes. L'accusé qui ne pouvait porter à douze
pas une barre de fer rouge du poids de 3 livres et qui ne pouvait
passer sa main dans un gantelet de fer rouge, le tout sans se brûler,
était atteint et convaincu de crime.
" L'épreuve
du feu ardent était la plus terrible de toutes. L'accusé qui ne
pouvait porter à douze pas une barre de fer rouge du poids de 3
livres et qui ne pouvait passer sa main dans un gantelet de fer
rouge, le tout sans se brûler, était atteint et convaincu de crime.
" Après l'une ou l'autre de ces deux dernières épreuves, on enveloppait
la main dans un sac que le juge cachetait de son cachet. Si après
3 jours cette brûlure ne laissait pas de traces, l'accusé était
déclaré innocent.
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"
Il existait encore quelques autres épreuves, telle que celle par
la Croix et celle par le Cercueil. Quant à la première,
les deux champions étaient tenus d'étendre les bras en croix et de
rester dans cette attitude jusqu'à ce que la fatigue les forçât à
laisser tomber leur bras. Le premier qui se lassait de cette posture,
était reconnu coupable. Le criminel qui s'approchait du cadavre de
l'homme qu'il était soupçonné d'avoir tué sans que la plaie saignât
ou que les chairs palpitassent, était reconnu innocent.
" On était persuadé que Dieu se manifestait dans ces épreuves et que
le Ciel, attentif à la querelle, faisait triompher la bonne cause,
en désignant le vrai coupable.
" Aux épreuves succéda la question dont nous parlerons plus
bas. Si nous voulions donner un léger aperçu des principaux supplices
usités dans les nations policées, nous ferions un volume ; et ce qui
paraîtra sans doute étonnant, pas un genre de supplice ne serait répété.
Il y avait jadis dans l'art de tuer les hommes, une variété de tourments
dont il est difficile de se faire une idée. Etre condamné à être supplicié,
c'est être condamné à perdre la vie forcément. C'est là, que dans
tous les temps, auraient dû se borner le pouvoir des juges et la science
des bourreaux. Mais la cessation de la vie fut la moindre peine que
durent endurer les criminels. Il existait un talent de les tourmenter
qui révolte l'humanité. Des hommes de tous rangs, de tous états, destinés
même à la paix du cloître, ont imaginé, inventé, raffiné des supplices
dont l'enfer pourrait revendiquer la découverte.
" Brûler-Ecorcher-Moudre-Ecraser-Scier-Couper-Rompre-Percer-Pendre-Egorger-Poignarder-Rôtir-Etrangler-Etouffer-Empaler-Disloquer-Eventrer-Fustiger-Noyer-Bâtonner-Sabrer-Tenailler-Enterrer-Ecarteler-Décapiter...
Tels furent les délassements des hommes qui vivaient en société et
qui osaient parler de lois !
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"
Nous ne nous appesantirons point sur cette longue suite de maux, sur
ces supplices recherchés qui semblent plutôt inventé par la férocité
que par la justice. "
La décapitation : (...) La décapitation était usitée chez les
gaulois. Elle se fit tantôt avec la hache, tantôt avec l'épée (...)
Il est vrai que ce supplice fut toujours très rare parce qu'il était
réservé aux nobles. Richelieu qui voulut détruire la puissance des
courtisans pour élever la sienne, fit périr beaucoup de grands : c'était
un phénomène ! On vit plus de têtes tranchées sous Louis XIII que
sous tous ses prédécesseurs. Ce supplice fut assez fréquent pour que
le bourreau pût y acquérir de l'habilité. Cette habilité est purement
individuelle : elle fut comme nous le disons, le fruit de l'habitude.
On avait vu au supplice du malheureux de Thou et Cinq-Mars un exemple
effrayant de maladresse. Cinq-Mars fut décapité le premier et d'un
seul coup de hache (ce qui prouve en passant que cette arme était
encore en usage pour ces sortes d'opérations). De Thou, montant sur
l'échafaud, avoua qu'il avait peur de la mort et que le corps de son
ami, étendu à terre, le troublait. Il lui demanda qu'on lui fit l'aumône
d'un mouchoir. On lui en jeta un. L'exécuteur lui banda les yeux.
Il le pria de ne pas le manquer. Vaine prière ! Le malheureux de Thou
reçut nombre de coups et ne fut décapité qu'au onzième ! Au commencement
du règne de Louis XIV, madame Tiquet dont le seul nom rappelle le
crime, fut décapitée. Ebloui par ses charmes, l'exécuteur la manqua.
(...) |
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" Jetons un coup d'œil rapide sur ces supplices, en commençant par
les moindres peines dont quelques-unes ont été conservées.
" L'admonition : Simple réprimande du
juge qui ne notait point d'infamie. L'accusé, amené dans la chambre
pendant l'audience, se tenait debout derrière le barreau. Le président
lui adressait à haute voix ces mots : " La Cour vous admoneste et
vous faites grâce. Soyez plus circonspect à l'avenir. Retirez-vous
: vous entendrez le reste de votre arrêt. "
" Le blâme : Punition plus grave. L'accusé
était amené par les huissiers. Il entendait son arrêt, à genoux,
tête nue : " La cour vous blâme et vous rend infâme : soyez plus
circonspect ou vous serez plus sévèrement puni. Retirez-vous, vous
entendrez le reste de votre arrêt. " Beaumarchais encourut la peine
du blâme. Il poussa l'effronterie jusqu'à porter à la boutonnière
de son habit une espèce de médaille sur laquelle on lisait ces mots
: " Beaumarchais blâmé "
" Le bannissement : Ordre de sortir du
lieu dans les 24 heures avec défense, sous des peines plus sévères,
d'y revenir avant une époque déterminée. Quelquefois le bannissement
était à perpétuité.
" Le carcan : Le coupable est conduit
à pied, les mains liées par l'exécuteur jusqu'au poteau planté sur
la place publique. A ce poteau est attaché une chaise au bout de
laquelle pend un collier de fer de trois doigts de large, ayant
une charnière pour l'ouvrir. On fait entrer le col nu du patient
dans ce collier qu'ensuite on ferme avec un cadenas. Un écriteau
placé devant et derrière annonce le délit dont il s'est rendu coupable.
" Le pilori : La seule différence entre
le carcan et le pilori consiste en ce que ce dernier était un petit
bâtiment carré, muré jusqu'à la moitié de sa hauteur. Le surplus
était à jour, au moyen de piliers de charpente qui soutenaient le
toit. A Paris, le pilori était au milieu des Halles. Au centre du
bâtiment, une poutre, debout et tournant sur son pivot, soutenait
un plancher rond, entouré d'une espèce de balcon percé de trois
trous ronds : savoir, celui du milieu où on faisait passer la tête
du coupable et un de chaque côté pour les mains. ON faisait tourner
de temps en temps le pivot et le patient, pris par la tête et les
mains tournait avec ce pivot et présentait la face de tous côtés.
" Le fouet : Le coupable, nu jusqu'à
la ceinture, était conduit par l'exécuteur et recevait de sa main,
sur les épaules, à chaque place publique indiquée, la quantité de
coups de verges de bouleau portée par l'arrêt de sa condamnation.
" Le fouet sous la custode : La
même peine mitigée et moins infamante. La peine du fouet était infligée
au coupable à la porte de la prison. Le public n'en était pas témoin.
" La marque et la flétrissure : Le coupable a les épaules
nues. L'exécuteur fait rougir un fer au bout duquel est la marque
indiquée par l'arrêt. Il appuie un instant ce fer sur l'épaule du
coupable. Les traces de la marque ne s'effacent jamais.
" Les galères : On passe au col
du coupable un anneau de fer d'où pend une chaîne au bout de laquelle
est un autre anneau qu'on attache à un pied : vers le milieu de
cette chaîne, il y en a une autre qui y tient. Au bout de cette
dernière est un anneau qu'on attache au poignet opposé. Celle-ci
est assez longue pour laisser la liberté du bras. Une chaîne commune
attache à cette dernière tous les galériens, depuis le premier jusqu'au
dernier et tous marchent à pied, conduits par les gardes jusqu'au
lieu du châtiment où chacun est derechef enchaîné sur les bancs
de la galère pour y ramer lorsqu'elle va en mer. Les femmes ne sont
jamais condamnées à ce supplice. |
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" La question ordinaire et extraordinaire : Dans l'étendue
du parlement de Paris, on faisait usage de la question à l'eau et
de celle dite des brodequins.
" La question à l'eau : La plus ou
moins grande quantité d'eau qu'on faisait avaler à l'accusé formait
seule la différence de la question ordinaire à l'extraordinaire.
On faisait asseoir l'accusé sur une espèce
de tabouret de pierre. On lui attachait les poignets à deux anneaux
de fer, distants l'un de l'autre, derrière son dos puis les deux pieds
à deux autres anneaux qui tenaient à un autre mur devant lui : on
tendait toutes les cordes avec force et lorsque le corps du patient
commençait à ne plus pouvoir s'étendre, on lui passait un tréteau
sous les reins, ensuite on tendait encore les cordes jusqu'à ce que
le corps fût bien en extension. Le questionnaire, homme destiné par
sa charge à cet ouvrage, tenait, d'une main, une corne de bœuf creuse,
de l'autre, il versait de l'eau dans la corne et faisait avaler au
patient 4 pintes pour la question ordinaire et 8 pintes pour l'extraordinaire.
Un chirurgien tenait le pouls du patient et faisait arrêter pour un
instant, suivant qu'il le sentait faiblir. Pendant ces intervalles,
on interrogeait l'accusé pour en arracher l'aveu du crime dont il
était prévenu ou pour avoir révélation de ses complices.
" La question aux brodequins : Les
brodequins se donnaient plus rarement que l'eau parce qu'ils pouvaient
estropier l'accusé. On le faisait asseoir, on lui attachait les bras,
on lui faisait tenir les jambes à plomb (d'aplomb), ensuite on plaçait
des deux côtés de chaque jambe, deux planches, une en dedans, l'autre
en dehors. On les serrait contre la jambe en les liant sous le genou
et au dessus de la cheville du pied. Ensuite, ayant passé les jambes
près l'une de l'autre, on les liait toutes deux ensemble avec de pareilles
cordes placées aux mêmes lieux. Alors on introduisait avec force des
coins de bois dans les deux planches du dedans, entre les genoux et
par en bas, entre les deux pieds : ces coins serraient les planches
de chaque jambe de façon à faire craquer les os. La question ordinaire
était de 4 coins, l'extraordinaire de 8.
" Dans le ressort de divers autres parlements,
on employait pour donner la question, les mèches allumées entre les
doigts. On liait quelquefois le patient à une corde par les bras renversés
par derrière avec des poids aux pieds. On l'élevait en l'air au moyen
d'une poulie et après l'avoir laissé quelque temps suspendu, on le
laissait tomber de toute la hauteur du lieu, à demi pied de terre
avec des secousses qui disloquaient toutes les jointures et lui faisaient
jeter des cris horribles.
" On employait aussi la question par le
feu, la plus atroce peut-être de toutes et dont n'ont fait que trop
fréquemment usage, de nos jours, les scélérats nommés chauffeurs.
" L'amende honorable : Elle se faisait
par le criminel en marchant au supplice. A genoux, tête nue, la corde
au col et une torche du poids de deux livres en main, il demandait
à la porte de l'église principale, pardon à Dieu, au roi et à la justice.
" L'amende honorable sèche : Elle différait de la première en ce qu'elle ne se faisait point
en place publique mais seulement devant les juges assemblés en présence
des parties offensées.
" Le poing coupé : L'exécution se
faisait à la suite de l'amende honorable, à la porte de l'église ou
au lieu même du supplice que le coupable devait subir. On faisait
mettre le patient à genoux, la main placée à plat sur un billot haut
d'environ un pied. D'un coup de hachette ou de couperet, l'exécuteur
faisait sauter la main et enveloppait de suite le bras dans un sac
plein de son. Cette peine est aujourd'hui réservée au patricide.
" La langue coupée : L'exécuteur
la coupait avec un couteau.
" La langue percée : L'exécuteur
la perçait avec un fer rouge, pointu ou à froid, suivant l'arrêt.
Louis IX, dit Joinville, fit brûler et mercher (marquer) à fer chaud
le nez et la balièvre d'un bourgeois de Paris. Cet homme s'était rendu
coupable de blasphème.
" La potence : Ce supplice était
réservé aux roturiers. Il fut un temps néanmoins où les nobles subissaient
aussi cette peine. On lit dans les établissements de Saint-Louis,
qu'un gentilhomme qui séduit et déshonore une demoiselle confiée à
sa garde est dépouillé de son fief. S'il a employé la violence, il
est pendu.
" Le criminel condamné à ce supplice avait
trois cordes au col. Les deux premières, de la grosseur du petit doigt,
avaient chacune un noeud coulant. La troisième, nommée le jet, ne
servait qu'à jeter le patient hors de l'échelle.
" Assis dans la charrette de l'exécuteur,
le dos tourné au cheval, il avait parfois à côté de lui le confesseur
et le bourreau derrière. Arrivé à la potence où était appuyée et liée
une échelle, le bourreau montait le premier à reculons et aidait,
au moyen de cordes, le criminel à monter de même. Tandis que le confesseur
remplissait un ministère pénible et digne d'éloges, l'exécuteur attachait
les deux cordes au bras de la potence. Le consolateur descendait.
Alors, d'un coup de genou et aidé du jet, l'exécuteur faisait quitter
l'échelle au patient qui se trouvait suspendu. Les nœuds coulants
des deux autres cordes lui serraient le col et le bourreau se tenant
des mains aux bras de la potence, montaient sur les mains liées du
patient et à force de secousses et de coups de genoux dans l'estomac,
il terminait le supplice par la mort. Ce supplice était horriblement
hideux. |
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" On pendait par les aisselles les jeunes gens auxquels, vu
leur âge, on voulait laisser la vie. On leur passait une sangle
sous chaque aisselle. On en attachait les deux bouts au bras de
la potence. On passait deux cordes dans des trous pratiqués aux
extrémités d'une planche qu'on élevait à plat sous leurs pieds,
de façon qu'ils y posassent. On attachait aussi ces deux cordes
au bras de la potence. Le patient restait ainsi pendant l'espace
de temps déterminé par l'arrêt. " Le frère du fameux Cartouche y
mourut parce qu'on supprima, à dessein, la planche des pieds.
" La roue : Au milieu d'un échafaud était attachée,
à plat, une croix de saint-André, faite avec deux solives en croix
oblique assemblées au milieu où elles se croisaient. On espaçait,
dans chacune des quatre branches, deux entailles à environ un pied
l'une de l'autre. Le criminel, nu en chemise, était étendu sur cette
croix, la face tournée vers le ciel. On relevait la chemise aux
bras et aux cuisses et on l'attachait à la croix avec des cordes
à toutes les jointures, c'est-à-dire aux épaules, aux coudes, aux
poignets, au haut des cuisses, aux genoux et aux coudes-pieds. On
lui mettait la tête sur une pierre. En cet état, le bourreau, armé
d'une barre de fer carrée large d'un pouce et demi et arrondie avec
un bouton à la poignée, en donnait un coup violent entre chaque
ligature, vis-à-vis de chaque entaille et comme dans ces endroits,
les os portaient à faux, ils étaient aussitôt brisés. Quand l'exécuteur
avant fini d'un côté, il sautait par-dessus le patient pour l'autre
côté et terminait cette opération terrible par deux ou trois coups
sur l'estomac.
" Le patient ne devait pas toujours être
rompu vif. On avait précédemment construit sous l'échafaud, à l'endroit
où devait être posé sa tête, un moulinet composé de deux montants,
arrêtés en haut sous l'échafaud et en bas dans la terre. Deux traverses
les assemblaient. Au milieu se trouvait le moulinet rond percé de
trous. Une corde passée en cravate sur le col du criminel communiquait
à ce moulinet et se roulait autour par le moyen de leviers que deux
hommes abaissaient l'un après l'autre, elle serrait vigoureusement
le col et étranglait sur le champ le criminel
" A un coin de l'échafaud, était placé
horizontalement sur un pivot, une petite roue de carrosse dont on
avait scié le moyeu du dehors. Aussitôt que l'expédition était faite,
on détachait le supplicié, on lui pliait les cuisses en dessous,
de façon que ses talons touchassent au derrière de sa tête. On le
plaçait dans cette situation, sur la petite roue. On le liait de
toutes parts, aux jantes et on le laissait ainsi exposé au public
plus ou moins de temps. Quelquefois on l'exposait sur un grand chemin
où le cadavre était abandonné. " On frémit quand on songe que l'infortuné
Calas et tant d'autres qui n'étaient pas coupables, périrent sur
la roue.
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" Le bûcher : On plantait un poteau de sept à huit pieds
de haut autour duquel, laissant un espace vide, on construisait un
bûcher en carré, composé alternativement de fagots, de bûches et de
paille. On plaçait aussi autour du bas du poteau un rang de fagots
et un second de bûches. On laissait à ce bûcher, un passage pour arriver
au poteau. Ce bûcher était à peu près élevé à la hauteur de la tête
du patient. Le criminel était dépouillé de ses vêtements et revêtu
d'une chemise soufrée. On le faisait entrer et monter sur les rangs
de bois placés au pied du poteau. Là, tournant le dos à ce même poteau,
il y était attaché, savoir par le col avec une corde et par le milieu
du corps avec une chaîne de fer. Ses pieds y étaient également liés
avec une corde. On fermait alors le passage avec les mêmes matières
combustibles de manière qu'il échappait aux regards. Alors, on mettait
le feu au bûcher. " Lorsqu'on usait d'indulgence envers le criminel
et qu'on voulait lui épargner la douleur de mourir dans les flammes,
sans cependant que le public en eût connaissance, on ajustait, en
fermant le bûcher, un croc, de façon que la pointe se trouvât placée
vis-à-vis du cœur. Aussitôt qu'on avait mis le feu au bûcher, on poussait
avec force le manche de ce croc qui débordait et l'on perçait ainsi
le cœur du patient qui mourrait sur-le-champ.
" Ecarteler : Le supplice était
très rare et ne s'exécutait que pour les crimes de lèse-majesté au
premier chef : attentat à la vie du souverain.
" Un échafaud de trois pieds et
demi de haut était construit au milieu d'un parc, entouré de palissades,
assez étendu pour que les chevaux eussent suffisamment de place pour
tirer. Le criminel était posé sur l'échafaud à plat sur le dos. On
l'y attachait avec des liens de fer dont l'un lui entourait la poitrine
vers le col et l'autre les hanches et le bas ventre. Ces liens étaient
vissés dans le bois de l'échafaud afin que le corps du criminel ne
cédât point à l'effort des chevaux. On lui liait ensuite à la main
l'arme parricide dont il s'était servi. On la lui brûlait avec un
feu de soufre. On lui arrachait des morceaux de chair avec des tenailles,
aux mamelles, aux bras, aux cuisses et aux gras des jambes. On versait
sur les plaies une composition de plomb fondu, d'huile bouillante,
de poix résine, de cire et de soufre fondus ensemble. Cela fait, on
attachait aux bras et aux jambes une corde à chaque membre : aux jambes,
depuis le genou jusqu'au pied et au bras, depuis l'épaule jusqu'au
poignet, par trois nœuds d'emballage qu'on faisait faire à la corde.
Le surplus de cette corde s'attachait au palonnier de chaque cheval.
On les faisait ensuite tirer par petites secousses, ce qui occasionnait
au patient des douleurs terribles. Après quoi l'on faisait tirer les
chevaux de toutes leurs forces pour écarter tous les membres : mais
les tendons et les ligaments résistant malgré l'effort des quatre
chevaux, on était obligé de couper le tout à la jointure des os. Alors
chaque coursier entraînait un membre que l'on détachait ensuite de
sa corde, ainsi que le tronc resté sur l'échafaud. Le tout était jeté
dans le bûcher jusqu'à ce qu'il fût consommé et les cendres dispersées
au gré du vent. " Tel fut le supplice de Robert-François Damiens qui,
le 5 janvier 1757 porta une main parricide sur la personne de Louis
XV. Il fut condamné le 26 mars suivant et exécuté le 28. Son supplice
dura deux heures, lui vivant. (...)
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" L'armée avait son code pour les délits et les crimes
militaires. Un soldat était-il accusé au conseil de guerre, composé
de militaires de différents grades le jugeaient. S'il était coupable,
la punition lui était infligée par ses camarades. Le vol était puni
par les verges, les baguettes ou par les courroies. Le criminel,
nu jusqu'à la ceinture, traversait les rangs des soldats qui le
frappaient de verges et quelquefois, on le faisait périr sous les
coups. Ce supplice était horrible. " La désertion était punie de
mort. On fusillait le soldat coupable de ce crime. Le ministre Saint-Germain
changea les peines militaires. Le déserteur ne subissait plus la
mort. On le condamnait à traîner le boulet et à aller ramer sur
les galères.(...) " Le système des peines fut totalement remanié
par le Code Pénal. Les peines en matière criminelle sont ou afflictives
et infamantes ou seulement infamantes. Les peines afflictives et
infamantes sont la mort (la tête est tranchée), les travaux forcés
à temps ou à perpétuité, la déportation, la réclusion. Les peines
infamantes sont le carcan, le bannissement et la dégradation civique.
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| 1- Annales du crime et de l'innocence et choix des causes
célèbres anciennes et modernes réduites aux faits historiques, par MM.
R. et P., anciens avocats, 1813, Tome I. |
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