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LES DERNIERS JOURS DE SAINT-PIERRE
 

Saint-Pierre de la Martinique occupait la plus jolie portion de l'île, à 10 kilomètres du cratère de la Montagne Pelée, à 20 kilomètres de la capitale Fort-de-France. L'opulente cité créole, bâtie en amphithéâtre, s'était rapidement agrandie depuis le XVIIème siècle grâce au commerce maritime incessant entre l'île, la métropole et ses colonies, les Etats-Unis, l'Angleterre, Cuba, Porto-Rico, Saint-Domingue et Haïti.
Comme le rapporte un témoin de l'époque, " C'était la plus jolie et la plus originale cité de Antilles. D'une architecture ancienne dont les lignes rappelaient les constructions du XVIIème siècle, ailleurs si graves, tout y était au contraire gracieux, les rues dallées, toutes en côte, les maisons claires tranchant sur le bleu intense du ciel ". Rien ne manquait à la cité : elle possédait une cour d'assise, deux tribunaux, plusieurs banques, un séminaire-collège, un lycée, plusieurs pensionnats, le couvent des religieuses de Saint-Joseph, deux hôpitaux, un théâtre, un orphelinat….
On y menait une vie tranquille, où se cotoyait naturellement " une population des Mille et une Nuits, toute la gamme des blancs et des noirs ".

La Montagne Pelée, ou simplement " la Montagne ", comme on l'appelait, était au cœur de la vie de l'île. Les cours d'eaux qui en descendaient alimentaient la ville en eau, créaient les multiples ruisseaux, rivières et fontaines. Sa végétation tropicale luxuriante, la beauté de ses couchers de soleil, son volcan majestueux , autant de buts pour les multiples promenades que les habitants de Saint-Pierre aimaient à faire.
Hélas ! Cette montagne, source de vie, de beauté et de distractions dans l'île, allait, le 8 mai 1902, répandre la mort et la désolation en anéantissant 40 000 vies et en rasant l'admirable Saint-Pierre en moins de 3 minutes ! Malgré les avertissements que le terrible volcan allait lancer, ses habitants ne voulurent pas croire en l'imminence de la catastrophe, et pour la très grande majorité, restèrent à Saint-Pierre et trouvèrent la mort.

Les témoignages poignants des derniers moments de Saint-Pierre nous sont parvenus grâce aux lettres que les martiniquais et les créoles envoyèrent à leurs proches de métropole, juste avant la catastrophe. Confiants malgré la pluie de cendres des jours précédents, les émanations presque irrespirables de soufre, la destruction de l'usine Guérin le 5 mai, un orage apocalyptique la veille, ils se recommandaient pourtant à leurs familles et amis, leur envoyant leurs dernières pensées. Ils savaient qu'ils allaient mourir, mais ne voulaient pas y croire.
Mais lisons plutôt le récit d'une survivante, qui nota scrupuleusement ce qui se passa du 2 mai au 8 mai, date fatidique.

"En 1851, une petite éruption avait eu lieu. La ville de Saint-Pierre et les mornes avoisinants s'étaient couverts d'une légère couche de cendre ; mais, ce phénomène n'ayant été que passager, la population oublia vite son émoi (…) Dès le mois de Février, des odeurs de soufre émanant de la montagne ont commencé à incommoder le quartier de la Rivière Blanche qui, de tous les points de la côte, est le plus rapproché du volcan. (…) " En peu de temps, l'odeur gagna les alentours, mais personne ne s'inquiéta : ces petits cratères, ou " fumerolles " étaient chose habituelle pour les habitants.
" Une chose commença pourtant à m'émouvoir un peu. Une fois, après une absence d'une semaine, en rentrant à la Grande Case, je trouvai toute l'argenterie couverte de taches semblables à l'acier bleui. Rien de pareil ne s'était manifesté à Saint-Pierre. (…)
Le 25 avril, un premier tremblement de terre secoua l'île. Il s'ensuivit une pluie de cendres à forte odeur de soufre, sur les hauteurs, mais qui ne tomba pas longtemps.
" Le 2 mai, la pluie de cendres recommença. (…) Un gros nuage noir, semblable à ceux qu'apportent la pluie, s'avança du côté du sud, envahit rapidement le ciel et y fit l'obscurité. La cendre se mit à tomber, légère d'abord, puis si forte, qu'on l'entendait s'abattre. En même temps, la température s'éleva d'une façon sensible. "

Notre témoin, tout comme le reste de la population, essaie alors de se calfeutrer chez elle et d'empêcher que la cendre ne pénètre. Mais rien n'y fait : tout et tous sont recouverts de cendre blanche. L'aspect de la montagne est alors dangereusement féérique : la pellicule de cendres lui donne des allures de sommet enneigé, tandis que le nuage au dessus du volcan obscurcit l'horizon, d'ordinaire si clair. L'inquiétude commence alors à s'emparer de quelques uns : " A la sortie de la messe, on s'abordait en se demandant : " Avez-vous peur ? Les plus braves riaient. Le soir, la Rivière-Blanche déborda. Ce débordement insolite, sans pluie, en pleine belle saison, étonna tout le monde. En peu de temps, la rivière grossit de telle sorte que l'usine Guérin fut menacée. " (L'usine Guérin était, au pied de la montagne, une vaste exploitation sucrière, qui comportait les bâtiments industriels, mais aussi deux superbes habitations pour la famille Guérin).
Le 5 mai, la rivière est méconnaissable : " Quel spectacle ! Ce n'est plus de l'eau : c'est une bouée épaisse, pâteuse, noire, qui ne coule pas, mais glisse, emportant comme des fétus des roches gigantesques. " Pendant ce temps, la mer monte dangereusement, elle met deux fois à sec un yacht amarré sur la rade. Et puis tout à coup, la nouvelle parcourt la ville : " La lave vient d'emporter l'usine Guérin ! Alors on courut regarder la mer. Au loin, à la pointe où l'on distinguait autrefois les toits de l'usine, tout avait disparu. Seule, la cheminée, comme le mât d'un navire qui sombre, se dessinait sur un fond de fumée blanche qui suivait le cours de la rivière. (…) Un jeune homme raconte qu'il passait en canot devant l'usine Guérin, lorsque, tout à coup, il vit le flanc de la montagne s'ouvrir et donner passage à un fleuve de boue enflammée. "
En un instant, la terrible avalanche avait recouvert toute l'usine, tuant Mr Guérin et sa femme ; une cinquantaine de personnes qui se trouvait non loin périrent aussi, soit ensevelis sous la lave brûlante, soit noyés dans la mer démontée, où ils avait cherché à trouver refuge. Les deux yachts de l'usine furent engloutis.

Quelques familles partirent pour Sainte-Lucie et les hauteurs avoisinantes, mais le plus grand nombre resta, malgré la peur qui serrait les gorges. Une commission scientifique, nommée par le gouverneur, avait en effet déclaré que " le plus mauvais moment était passé ; que la lave s'étant frayé une voie, le danger se trouvait certainement conjuré. (…) Malgré tous ces beaux discours, beaucoup avaient encore peur, et ce fut avec effroi que l'on vit arriver la nuit. Car, pour ajouter à nos appréhensions, la ville entière fut plongée dans les ténèbres, la lumière électrique n'ayant pu s'allumer à cause des troubles du volcan. "
Le mardi 6 mai, beaucoup de journaux publièrent des articles rassurants ; aussi les familles qui s'étaient décidées à quitter la Martinique choisirent de rester. Et pourtant l'énorme nuage noir qui coiffait le volcan était plus menaçant que jamais ; de sourdes détonations se faisaient entendre régulièrement. Notre témoin choisit de partir de Saint-Pierre avec sa famille ; elle s'installa à Beauregard. Le lendemain, mercredi 7 mai, les deux rivières qui coulaient entre la ville débordèrent largement. Les détonations du volcan se font plus fortes : " couvert d'un voile impénétrable de fumée, éclairé de lueurs intermittentes, il grondait et rugissait comme un monstre prêt à s'élancer sur sa proie. Dans la nuit, un épouvantable orage se déchaîna, sans une goutte de pluie ; pendant deux heures, la foudre et les éclairs ne discontinuèrent pas. Naturellement, personne ne put fermer l'œil. "
Et le jeudi 8 mai, jour de l'Ascension, c'est la catastrophe : " On se leva tard. Nous étions fatigués de notre nuit blanche. Plusieurs même étaient encore au lit, lorsqu'une détonation terrible se fit entendre. Du dehors, les enfants crient : " La montagne vient sur nous. Nous sortons tous.

O terreur, jamais plume ne dépeindra scène si grandiose, si incommensurable, si effroyable ! Des flancs entr'ouverts du volcan s'est élancée une masse prodigieuse, fumante, épaisse, noire, et cependant illuminée par des millions d'éclairs . En un clin d'œil, elle s'est abttue sur la ville. Elle la couvre, l'étouffe, l'embrase, roule sur la mer, puis, se dilatant en tout sens, grandit comme une montagne de cendre, et de feu dont la base est à terre et la cime dans le ciel. Nous sommes une vingtaine de personnes, hommes, femmes, petits enfants. Tout le monde fuit à travers les champs de canne, affolé, aveuglé par la cendre. L'infernale avalanche nous poursuit, s'éployant comme un manteau pour nous couvrir. " Notre héroïne, ainsi que sa famille, arrive à fuir et à se réfugier en lieu sûr. Une pluie de boue et de pierre, tiède et fétide, tombe sur l'île et rend malaisée leur fuite. Leurs regards qui se portent sur ce qui était Saint-Pierre ne perçoit qu'un vaste nuage de fumée, d'où jaillissent des milliers de flammes. Leurs pensées sont toutes à leurs proches, morts carbonisés, étouffés par les émanations de gaz, ou noyés.
Vers 7 heures du soir, après une journée de fuite éperdue, les survivants, hébétés et épuisés, prennent des embarcations pour Fort-de-France. De la mer, le spectacle est terrifiant : " La nuit est venue, lugubre, d'un noir intense ; dans l'éloignement, comme une vision de Dante, une lueur rouge et sinistre s'élève de ce qui fut Saint-Pierre… C'est fini. Des flammes, de la cendre, des débris fumants : voilà tout ce qui reste de cette ville que nous aimions. Au large, quelques navires brûlaient encore. Du volcan, drapé de ténèbres, s'élancent parfois des éclairs qui illuminent toute cette scène. Quelle sublime horreur ! "

Rien ne subsistera de Saint-Pierre. La ville fut détruite en trois minutes. Sur mer, les bateaux en rade furent brisés, emportés, puis coulés. Trois bateaux purent tenir le choc ; mais les équipages furent carbonisés. A terre, les cadavres entremêlés aux débris de la ville jonchaient le sol, tandis qu'au loin, le volcan grondait toujours ; " les rivières débordaient, chariant des débris de toute sorte, arbres, rochers, animaux et êtres humains asphyxiés ou carbonisés, masses informes et méconnaissables. ". Seule l'horloge de l'hôpital resta intacte, droite, dominant l'étendue du désastre. Ses aiguilles étaient bloquées sur une heure : 7 h 50, heure de la catastrophe…