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LE SIEUR BONNAMY, MÉDECIN CORROMPU, A DÉSHONORÉ UNE FILLE DE BONNE FAMILLE !
 

Voilà ce qu’on pouvait entendre, en ce début d’été 1749, en la bonne ville de Nantes...
Il est de certaines affaires délicates à juger. Celles où l’honneur d’une ou de plusieurs personnes est en jeu. C’est le cas de cette affaire qui alimenta les discussions des nantais pendant plus de deux années. L’affaire d’une femme en quête de père pour son enfant...
La Demoiselle de la Saltière, fille majeure, membre d’une famille honorablement connue de la ville, accoucha d’un bébé mâle constitué de tous ses membres et arrivé à terme. Elle affirma dans les douleurs de l’enfantement qu’il était né des faits et œuvres du sieur Bonnamy, son médecin ordinaire. Ce dernier, offusqué d’une telle accusation en son encontre, nia tout net, protestant de sa bonne foi et de sa droiture ! Inévitable, le procès s’engagea. L’honneur des deux parties était en jeu...
La demoiselle se fit représenter par un des plus habiles orateurs de la ville, maître Louis Mourain, connu et reconnu pour ses effets de manche et son maniement de la rhétorique.

« C’est un médecin dépravé qui met tout en œuvre pour corrompre ses malades... »


« (...) S’étant trouvée malade au mois de janvier 1747, elle eut le malheur de choisir le sieur Bonnamy pour son médecin. Il la visita fréquemment, affectant presque toujours de n’entrer chez elle que sur le soir et surtout d’y demeurer très tard. Hélas, ce médecin corrompu lui répétait à chaque fois qu’il y avait beaucoup de vapeurs dans sa maladie et que le meilleur remède - et peut-être même l’unique - à son mal était de faire un enfant ! Et pour insinuer avec plus de facilité un conseil si pernicieux, il y ajouta la promesse de l’épouser. Quel effet n’a pas dû faire un tel conseil dans la bouche d’un médecin sur une fille malade et qui, selon lui, avait des vapeurs ? On ne conçoit que trop bien le pouvoir despotique d’un médecin sur son malade !
« Le sieur Bonnamy continuait de voir assidûment la suppliante le plus ordinairement le soir, et lorsque par hasard il y venait durant le jour, il avait soin d’écarter tous ceux qui pourraient se trouver chez elle. Le jour de la saint Jean-Baptiste 1747, entrant, très ennuyé de voir la domestique de la suppliante, il la mit dehors par le bras sous prétexte de l’envoyer à vêpres ! La suppliante eut cependant assez de force pour lui résister encore et elle se plaignit dès le soir du même jour à une personne de ses voisines avec laquelle elle s’alla promener, que le sieur Bonnamy la persécutait. Peu de jours après, à la saint Pierre 1747, la suppliante prit un appartement auprès de sa sœur . Le sieur Bonnamy continua à la voir comme son médecin mais toujours au soir - le crime évite le grand jour - notamment le dimanche précédent la fête de l’Assomption 1747, sur les 8 heures et demie du soir, étant entré chez la suppliante, il lui prit le pouls et dit qu’il y avait de la fièvre. Malheureusement, elle se trouvait sans domestique, ayant mis sa servante dehors le même jour. Cela donna l’occasion au sieur Bonnamy de renouveler ses pernicieux conseils et ne pouvant venir à bout de la suppliante par la persuasion et profitant de la faiblesse où son incommodité l’avait réduite, il en vint à la violence, en sorte qu’elle fut forcée de s’écrier et d’appeler au secours. De ces cris, les voisins s’émurent. Le sieur du Houssay, son beau-frère, entra chez elle ce qui empêcha les voisins d’y venir et y ayant trouvé le sieur Bonnamy tout ému. Il lui fit les plus vives représentations sur l’heure indue, sur l’atrocité de son procédé et l’obligea de sortir.
« La suppliante, étant valétudinaire, commença de prendre du lait d’ânesse à la Toussaint 1748. La fréquentation continua. Le sieur Bonnamy la vit pendant tout le mois de novembre. Il passa même la nuit auprès d’elle sur la fin du même mois et toujours avec les mêmes protestations de l’épouser.
« La suppliante se trouva déshonorée, elle se voit dans la nécessité humiliante de l’avouer. Ce que la séduction n’avait pu faire, le sieur Bonnamy l’a emporté par la force et la violence. Le sieur Bonnamy a déshonoré une fille de famille alliée aux personnes les plus distinguées de la ville ! Joignant la perfidie à la dépravation du cœur, il a cessé de la voir, il l’a abandonnée dès qu’elle l’a instruit de la situation où il l’avait mise ! Ce n’est point ici un délit ordinaire, une simple fornication, c’est un crime qualifié à la punition duquel tout le public est intéressé : c’est un médecin dépravé qui met tout en œuvre pour corrompre ses malades !
« Il a abusé de la liberté que sa profession lui donne de les voir à toutes heures ! Il a abusé de son art ordonnant à la suppliante des avis et des conseils infâmes et en lui insinuant que c’était le remède le plus sûr pour sa maladie ! Il a abusé de la confiance d’une malade toujours trop disposée à obéir à son médecin ! Quelle indignation ne doit-on pas concevoir dans une affaire où un médecin a prouvé la corruption et la fureur jusqu'à user de violence pour abuser de sa malade ? Quel intérêt n’ont pas les pères de famille à la punition d’un tel crime, d’une pareille dépravation ? À quelle épreuve et à quelles insultes les femmes et les filles ne se trouveraient pas exposées avec de pareils médecins ? (...) »

Les juges décidèrent d’interroger l’accusé. Un homme de belle stature annonçant 36 ans révolus se présenta face à eux. Il convint de bonne grâce qu’il avait été choisi par cette demoiselle pour être son médecinordinaire mais il se défendit d’avoir effectué chez elle de fréquentes visites et qu’au contraire, il n’y était pas allé à toutes les fois qu’elle l’avait demandé. Quant aux visites tardives, il ne s’y était rendu que parce qu’on l’avait demandé à cette heure...
- Ne lui avez-vous pas dit qu’il y avait beaucoup de vapeurs dans sa maladie et que le meilleur et même l’unique remède à son mal était de faire un enfant ?
- Il se peut bien que je lui ai dit qu’il y avait des vapeurs dans sa maladie, d’autant que c’est un mal assez commun aux deux sexes, mais je ne lui ai jamais conseillé la pratique du remède dont elle a parlé ! Quelle personne sensée, monsieur le juge, pourrait croire une telle prescription ? Je n’ai jamais eu l’idée de séduire cette demoiselle et je n’ai eu sur elle aucune vue légitime ou illégitime !
- Ne vous êtes-vous pas trouvé un jour seul avec cette demoiselle ? N’avez-vous pas fait tous vos efforts pour venir à bout de votre entreprise à laquelle elle a résisté de toutes ses forces ?
Meurtri dans son honneur, le médecin répéta qu’il ne s’était jamais trouvé épris de cette personne et ajouta que, étant donné le physique de la plaignante, ce n’était pas chose difficile à croire...
- Pourtant, insista le juge, un jour que la demoiselle de la Saltière était seule sans sa domestique, ne lui avez-vous pas renouvelé vos pernicieux conseils et, ne pouvant réussir à la persuader, n’avez-vous pas employé la violence et profité de la faiblesse où son incommodité l’avait réduite, ce qui la mit dans la nécessité de s’écrier et d’appeler au secours ?
- Rien n’est plus faux, se récria l’homme de l’art. Quelqu’un me veut du mal, assurément, pour proférer de pareils mensonges !
- Après cet incident, vous avez subitement cessé de la visiter. Et un an plus tard, vous revoilà son médecin ordinaire ?
- Si je le suis redevenu, c’est uniquement parce qu’elle m’a fait appeler sous le prétexte qu’elle n’était pas contente de son médecin d’alors.
- Vous a-t-elle dit qu’elle était enceinte de vos œuvres et ne l’avez-vous pas abandonné dès ce moment ?
- Comment pourrais-je abandonner quelqu’un qui ne m’est rien ? Si j’ai cessé d’être son médecin c’est parce que j’avais reconnu qu’elle était malade imaginaire...
Le juge insista et le médecin continua de crier son innocence. Quelques témoins furent entendus mais aucun n’affirma clairement la culpabilité du sieur Bonnamy. Cependant le mal était fait. Toute la ville se gaussait des déboires du médecin. Les conversations cessaient à son passage. Les chuchotements et ricanements le poursuivaient, les regards moqueurs le harcelaient. Jusqu'à l’état de sa bourse qui avait fort à souffrir de cette suspicion collective. Les patients désertaient ses talents...

 

« La demoiselle de la Saltière fait des avances et des caresses aux cavaliers... »

La demoiselle de la Saltière en voulait à son honneur... c’est aussi sur ce point que le sieur Bonnamy allait contre-attaquer. Des gens de ses amis lui avait assuré que cette demoiselle avait fort mauvaise réputation... Il décida de s’allouer les services de maître Petit, à l’efficacité redoutable. Avec lui, point de péroraisons inutiles, que les faits, rien que les faits.
« (...) Pendant trois ou quatre mois, depuis la saint Jean de l’année 1748 que ladite de la Saltière a demeuré rue des Halles, on l’a vue faire des avances et des caresses aux cavaliers qui allaient sans cesse chez elle. Ce fut dans le même temps qu’une nuit de l’été 1748 elle fut ramenée chez elle du lieu dit la Hollande par des personnes charitables qui l’ôtèrent des mains de plusieurs cavaliers qu’elle avait égayé en se mettant au milieu d’eux après avoir quitté sa compagnie, ce qui fit qu’ils la poursuivirent en l’insultant. Cette scène causa du bruit et beaucoup de scandale dans le voisinage de la rue des Halles... Avant et pendant le temps qu’elle demeurait chez Clavier, marchand de toile près la place aux Changes, temps auquel le commencement de la grossesse est daté par elle-même, on a vu des personnes de tous sexes et surtout des cavaliers portant épées demander sa demeure, monter dans sa chambre ou en descendre à toutes heures du jour et même quelquefois la nuit et plusieurs fois on en a vu la caresser et bouchonner en plein jour et aux fenêtres qu’elle laissait souvent ouverte. D’autres poussaient les privautés jusqu'à la jeter sur son lit ce qui scandalisait le voisinage qui lui en faisait souvent des reproches (...) » De nombreux témoins digne de foi corroborèrent ces affirmations.
Le procès était joué. La sentence tomba le 9 octobre 1751. Les juges innocentèrent François Bonnamy. Son honneur était sauf. La demoiselle de la Saltière fut condamnée aux frais du procès et en 100 livres de dommage et intérêt envers le médecin injustement accusé. Celui-ci offrit cette somme par moitié aux deux hôpitaux de la ville de Nantes.
Le médecin avait retrouvé l’estime de tous. La demoiselle de la Saltière, à l’honneur terni par cette affaire, quitta la ville pour éviter les quolibets et les remarques désobligeantes. Pourtant, rien ne nous indique vraiment qu’elle ait menti...

 


Notes de bas de page :
Mémoire retrouvé aux Archives Départementales de Loire-Atlantique, cote : B 8 707
Série B : concerne les cours et juridictions d’Ancien Régime : parlements, bailliage, sénéchaussée et autres juridictions secondaires, cour des Comptes, cour des Aides, cour des Monnaies.
Série plutôt méconnue, en général peu exploitée en comparaison des richesses qu’elle contient. Peut-être d’un sérieux apport dans une recherche généalogique. Toutefois, il est difficile d’y retrouver des informations précises sans références.
Type de documents, dans le cas des juridictions royales et secondaires :
Edits et déclarations du roi.
Insinuations judiciaires (contrats de mariage, testaments, donations, etc.)
Appositions de scellés, inventaires après décès, enquêtes sommaires relatives à des causes civiles.

Serments, affirmations et rapports d’experts.
Adjudications et baux judiciaires ; licitations, adjudications et criées judiciaires.
Nominations de curateurs et tuteurs.
Réparation des cures et chapelles.
Causes civiles.
Police des corporations et des affaires commerciales.
Police (déclaration de grossesse).
Affirmations de voyage.
Ordonnances, règlements et procès-verbaux de police.
Voirie.
Prix des grains vendus au marché.
Grand et petit criminel.
Et encore beaucoup d’autres choses...

Nous ferons grâce au lecteur des nombreuses citations en latin et des non moins nombreuses références aux grands médecins des temps modernes et anciens illustrant les propos du procureur Mourain dans sa longue plaidoirie.